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Ce sermon est fortement inspiré du livre “Les 5 lois de la stupidité humaine”. Les Mad Millers n’ont imprimé qu’un nombre limité d’exemplaires de ce livre, qui ne s’adresse pas aux personnes stupides mais à ceux qui ont parfois affaire à de telles personnes.


Principe n°1 : Toujours et inévitablement, tout le monde sous-estime le nombre d’individus stupides en circulation.

Principe n° 2 : La probabilité qu’une personne donnée soit stupide est indépendante de toute autre caractéristique de cette personne.

Principe n° 3 : Une personne stupide est une personne qui cause des pertes à une autre personne ou à un groupe de personnes tout en n’en retirant aucun gain et en subissant même éventuellement des pertes.

Principe n° 4 : les personnes non stupides sous-estiment toujours le pouvoir de nuisance des individus stupides. En particulier, les personnes non stupides oublient constamment qu’en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance, traiter et/ou s’associer avec des personnes stupides s’avère infailliblement une erreur coûteuse.

Principe n° 5 : Une personne stupide est le type de personne le plus dangereux. Une personne stupide est plus dangereuse qu’un bandit.

Il faut reconnaître que les affaires humaines sont dans un état déplorable. Ce n’est cependant pas une nouveauté. Aussi loin que l’on puisse remonter, les affaires humaines ont toujours été dans un état déplorable. La lourde charge de problèmes et de misères que les êtres humains doivent supporter en tant qu’individus et en tant que membres de sociétés organisées est essentiellement un sous-produit de la manière la plus improbable – et j’oserais dire la plus stupide – dont la vie a été organisée à son tout début.


Après Darwin, nous savons que nous partageons notre origine avec les membres inférieurs du règne animal, et que les vers comme les éléphants doivent supporter leur part quotidienne d’épreuves, de prédictions et de calvaires. Les êtres humains sont toutefois privilégiés dans la mesure où ils doivent supporter une charge supplémentaire – une dose supplémentaire de tribulations provenant quotidiennement d’un groupe de personnes au sein même de la race humaine. Ce groupe est bien plus puissant que la mafia, le complexe militaro-industriel ou le communisme international : c’est un groupe non organisé,
Ce groupe est bien plus puissant que la mafia, le complexe militaro-industriel ou le communisme international : c’est un groupe non organisé, La nature, le caractère et le comportement des membres de ce groupe sont le sujet du sermon suivant.

Permettez-moi de souligner à ce stade que ce petit livre n’est ni un produit du cynisme ni un exercice de défaitisme, pas plus qu’un livre sur la microbiologie. Les pages qui suivent sont en fait le résultat d’un effort constructif pour détecter, connaître et donc éventuellement neutraliser l’une des forces obscures les plus puissantes qui entravent la croissance du bien-être et du bonheur humains.

Principe de la stupidité humaine n° 1

TOUJOURS ET INÉVITABLEMENT, TOUT LE MONDE SOUS-ESTIME LE NOMBRE D’INDIVIDUS STUPIDES EN CIRCULATION.

Au premier abord, cette déclaration semble triviale, vague et terriblement peu généreuse. Un examen plus attentif révélera toutefois sa véracité réaliste. Quelle que soit l’estimation que l’on fait de la bêtise humaine, on est sans cesse surpris par le fait que…

a) des personnes que l’on avait jugées rationnelles et intelligentes se révèlent être d’une stupidité éhontée ;

b) jour après jour, avec une monotonie incessante, on est harcelé dans ses activités par des individus stupides qui apparaissent soudainement et inopinément dans les endroits les plus inopportuns et aux moments les plus improbables.


La première loi fondamentale m’empêche d’attribuer une valeur numérique spécifique à la fraction de personnes stupides dans la population totale : toute estimation numérique se révélerait être une sous-estimation. Ainsi, dans les pages suivantes, je désignerai la fraction de personnes stupides au sein d’une population par le symbole σ.

Les compilateurs du Testament connaissaient la première loi fondamentale et l’ont paraphrasée en affirmant que “stultorum infinitus est numerus”, mais ils se sont laissés aller à l’exagération poétique. Le nombre de personnes stupides ne peut être infini car le nombre de personnes vivantes est fini.

Le deuxième principe de la stupidité humaine

LA PROBABILITÉ QU’UNE CERTAINE PERSONNE SOIT STUPIDE EST INDÉPENDANTE DE TOUTE AUTRE CARACTÉRISTIQUE DE CETTE PERSONNE.

Les tendances culturelles actuellement en vogue en Occident favorisent une approche égalitaire de la vie. Les gens aiment à penser que les êtres humains sont le résultat d’une machine de production de masse parfaitement conçue. Les généticiens et les sociologues, en particulier, s’évertuent à prouver, à l’aide d’un impressionnant appareil de données et de formulations scientifiques, que tous les hommes sont naturellement égaux et que si certains sont plus égaux que d’autres, cela est imputable à l’éducation et non à la nature.

Je m’oppose à ce point de vue général. J’ai la ferme conviction, étayée par des années d’observation et d’expérimentation, que les hommes ne sont pas égaux, que certains sont stupides et d’autres non, et que la différence est déterminée par la nature et non par des forces ou des facteurs culturels. On est stupide de la même manière qu’on est roux ; on appartient au groupe des stupides comme on appartient à un groupe sanguin. Un homme stupide est né stupide par un acte de la Providence.

Bien que convaincu que la fraction σ des êtres humains est stupide et qu’elle l’est à cause de traits génétiques, je ne suis pas un réactionnaire qui tente de réintroduire subrepticement la discrimination de classe ou de race. Je crois fermement que la stupidité est un privilège indistinct de tous les groupes humains et qu’elle est uniformément répartie selon une proportion constante. Ce fait est scientifiquement exprimé par la deuxième loi fondamentale, qui stipule que

La probabilité qu’une personne donnée soit stupide est indépendante de toute autre caractéristique de cette personne.

À cet égard, la nature semble s’être surpassée. Il est bien connu que la nature parvient, assez mystérieusement, à maintenir constante la fréquence relative de certains phénomènes naturels. Par exemple, que les hommes prolifèrent au pôle Nord ou à l’équateur, que les couples appariés soient développés ou en développement, qu’ils soient noirs ou blancs, le rapport femmes/hommes parmi les nouveaux-nés est constant, avec une très légère prévalence des mâles. Nous ne savons pas comment la Nature parvient à ce résultat remarquable, mais nous savons que pour y parvenir, elle doit opérer avec de grands nombres. Le fait le plus remarquable concernant la fréquence de la stupidité est que la Nature parvient à rendre cette fréquence égale à la probabilité σ tout à fait indépendamment de la taille du groupe. Ainsi, on retrouve le même pourcentage de personnes stupides, que l’on considère de très grands groupes ou que l’on ait affaire à de très petits groupes. Aucun autre ensemble de phénomènes observables n’offre une preuve aussi frappante des pouvoirs de la nature.

La preuve que l’éducation n’a rien à voir avec la probabilité σ a été apportée par des expériences menées dans un grand nombre d’universités du monde entier. On peut distinguer la population composite qui constitue une université en cinq grands groupes, à savoir les ouvriers, les employés, les étudiants, les administrateurs et les professeurs.

Chaque fois que j’ai analysé les cols bleus, j’ai constaté que la fraction σ d’entre eux était stupide. Comme la valeur de σ était plus élevée que ce à quoi je m’attendais (première loi), en rendant hommage à la mode, j’ai d’abord pensé que la ségrégation, la pauvreté, le manque d’éducation étaient à blâmer. Mais en remontant l’échelle sociale, j’ai constaté que le même rapport prévalait chez les employés en col blanc et chez les étudiants. Les résultats obtenus par les professeurs sont encore plus impressionnants.
Que je considère une grande université ou un petit collège, une institution célèbre ou une institution obscure, j’ai constaté que la même fraction σ des professeurs étaient stupides. J’étais tellement déconcerté par les résultats que j’ai tenu à étendre mes recherches à un groupe spécialement sélectionné, à une véritable élite, les lauréats du prix Nobel. Le résultat a confirmé les pouvoirs suprêmes de la nature : σ fraction des lauréats du prix Nobel étaient stupides.

Cette idée était difficile à accepter et à digérer, mais trop de résultats expérimentaux ont prouvé sa véracité fondamentale. La deuxième loi fondamentale est une loi d’airain, qui n’admet aucune exception. Le Mouvement de libération des femmes soutiendra la deuxième loi fondamentale, car elle montre que les individus stupides sont proportionnellement aussi nombreux chez les hommes que chez les femmes. Les “en développement” du “tiers monde” se consoleront probablement avec la deuxième loi fondamentale, car ils y trouveront la preuve qu’après tout, les développés ne sont pas si développés que cela. Que l’on aime ou non la deuxième loi fondamentale, ses implications sont effrayantes : la loi implique que, que l’on évolue dans des cercles distingués ou que l’on se réfugie chez les chasseurs de têtes de Polynésie, que l’on s’enferme dans un monastère ou que l’on décide de passer le reste de sa vie en compagnie de femmes belles et lascives, on devra toujours faire face au même pourcentage de personnes stupides – lequel pourcentage (conformément à la première loi) dépassera toujours vos attentes.

UN INTERLUDE TECHNIQUE

À ce stade, il est impératif d’élucider le concept de bêtise humaine et de définir les dramatis personae.

Les individus se caractérisent par des degrés différents de propension à la socialisation. Il existe des individus pour qui tout contact avec d’autres individus est une nécessité douloureuse. Ils doivent littéralement supporter les gens, et les gens doivent les supporter. À l’autre extrémité du spectre, on trouve des individus qui ne peuvent absolument pas vivre seuls et sont même prêts à passer du temps en compagnie de personnes qu’ils n’aiment pas vraiment plutôt que d’être seuls. Entre ces deux extrêmes, il existe une extrême variété de conditions, bien que la plus grande majorité des gens soient plus proches du type qui ne peut affronter la solitude que du type qui n’a aucun goût pour les rapports humains. Aristote a reconnu ce fait lorsqu’il a écrit que “l’homme est un animal social” et la validité de son affirmation est démontrée par le fait que nous nous déplaçons en groupes sociaux, qu’il y a plus de personnes mariées que de célibataires et de vieilles filles, que tant de richesse et de temps sont gaspillés dans des cocktails fatigants et ennuyeux, et que le mot solitude a normalement une connotation négative.

Que l’on appartienne au type ermite ou au type mondain, on a affaire aux gens, bien qu’avec une intensité différente. Même les ermites rencontrent occasionnellement des gens. De plus, on affecte également les êtres humains en les évitant. Ce que j’aurais pu faire pour un individu ou un groupe mais que je n’ai pas fait constitue un coût d’opportunité (c’est-à-dire un gain ou une perte perdue) pour cette personne ou ce groupe particulier. La morale de l’histoire est que chacun d’entre nous a un solde courant avec tous les autres. De chaque action ou inaction, nous tirons un gain ou une perte et, en même temps, nous causons un gain ou une perte à quelqu’un d’autre. Les gains et les pertes peuvent être représentés de manière pratique sur un graphique, et la figure 1 montre le graphique de base à suivre
utilisé à cette fin.

figure 1

Le graphique fait référence à un individu, disons Tom. L’axe des X mesure le gain que Tom retire de ses actions. Sur l’axe des ordonnées, le graphique montre le gain qu’une autre personne ou un groupe de personnes retire des actions de Tom. Les gains peuvent être positifs, nuls ou négatifs, un gain négatif étant en fait une perte. L’axe X mesure les gains positifs de Tom à droite du point O et les pertes de Tom à gauche du point O. L’axe Y mesure les gains et les pertes de la ou des personnes avec lesquelles Tom traite respectivement au-dessus et au-dessous du point O.

Pour que tout cela soit clair, utilisons un exemple hypothétique et référons-nous à la figure 1. Tom prend une action qui affecte Dick. Si Tom retire de l’action un gain et que Dick subit de la même action une perte, l’action sera enregistrée sur le graphique par un point qui apparaîtra dans le graphique quelque part dans la zone B.

Les gains et les pertes peuvent être enregistrés sur l’axe des X et des Y en dollars ou en francs, si l’on veut, mais il faut aussi inclure les récompenses et les satisfactions psychologiques et émotionnelles ainsi que les stress psychologiques et émotionnels. Ce sont des éléments intangibles et ils sont très difficiles à mesurer selon des normes objectives. L’analyse coût-bénéfice peut contribuer à résoudre le problème, même si ce n’est pas complètement, mais je ne veux pas ennuyer le lecteur avec de tels détails techniques : une marge d’imprécision affecte forcément la mesure, mais elle n’affecte pas l’essence de l’argument. Il convient toutefois de préciser un point. Lorsqu’on considère l’action de Tom, on utilise les valeurs de Tom, mais on doit se baser sur les valeurs de Dick et non sur celles de Tom pour déterminer les gains de Dick (qu’ils soient positifs ou négatifs). Cette règle d’équité est trop souvent oubliée, et de nombreux problèmes proviennent de la non-application de ce point de vue essentiellement urbain. Permettez-moi de recourir une fois de plus à un exemple banal. Tom frappe Dick sur la tête de ce dernier et il tire satisfaction de son action. Il peut prétendre que Dick était ravi d’être frappé à la tête. Dick, cependant, peut ne pas partager l’avis de Tom. En fait, il peut considérer le coup porté à sa tête comme un événement désagréable. C’est à Dick, et non à Tom, de décider si le coup porté à la tête de Dick a été un gain ou une perte pour lui.

LE TROISIÈME PRINCIPE (ET LE PRINCIPE D’OR)

UNE PERSONNE STUPIDE EST UNE PERSONNE QUI CAUSE DES PERTES À UNE AUTRE PERSONNE OU À UN GROUPE DE PERSONNES ALORS QU’ELLE-MÊME
NE RETIRER AUCUN GAIN ET MÊME ÉVENTUELLEMENT SUBIR DES PERTES.

La troisième Loi fondamentale part du principe, bien qu’elle ne l’énonce pas explicitement, que les êtres humains se répartissent en quatre catégories fondamentales : les impuissants, les intelligents, les bandits et les stupides. Le lecteur perspicace reconnaîtra facilement que ces quatre catégories correspondent aux quatre zones H, I, B, S du graphique de base (voir figure 1).

Si Tom entreprend une action et subit une perte tout en produisant un gain pour Dick, la note de Tom tombera dans le champ H : Tom a agi sans défense. Si Tom entreprend une action par laquelle il réalise un gain tout en cédant également un gain à Dick, la marque de Tom tombera dans la zone I : Tom a agi intelligemment. Si Tom entreprend une action par laquelle il réalise un gain causant une perte à Dick, la note de Tom tombera dans la zone B : Tom a agi comme un bandit. La stupidité est liée à la zone S et à toutes les positions sur l’axe des Y en dessous du point O. Comme le précise explicitement la troisième loi fondamentale :

Une personne stupide est une personne qui cause des pertes à une autre personne ou à un groupe de personnes, tout en n’en retirant aucun bénéfice et en subissant éventuellement des pertes.

Lorsqu’ils sont confrontés pour la première fois à la troisième loi fondamentale, les personnes rationnelles réagissent instinctivement par des sentiments de scepticisme et d’incrédulité. Le fait est que les personnes raisonnables ont du mal à concevoir et à comprendre les comportements déraisonnables. Mais abandonnons le plan élevé de la théorie et examinons de façon pragmatique notre vie quotidienne. Nous nous souvenons tous d’occasions où un homme a fait une action qui a entraîné son gain et notre perte : nous avons eu affaire à un bandit. Nous nous souvenons aussi de cas où un camarade a fait une action qui a entraîné sa perte et notre gain : nous avons eu affaire à une personne sans défense.

*Nous nous souvenons de cas où un homme a entrepris une action qui a profité aux deux parties : il était intelligent. De tels cas se produisent effectivement. Mais après mûre réflexion, vous devez admettre que ce ne sont pas les événements qui ponctuent le plus souvent notre vie quotidienne. Notre vie quotidienne est principalement constituée de cas où nous perdons de l’argent et/ou du temps et/ou de l’énergie et/ou de l’appétit, de la gaieté et une bonne santé à cause de l’action improbable d’une créature grotesque qui n’a rien à gagner et ne gagne rien à nous causer de l’embarras, des difficultés ou du mal. Personne ne sait, ne comprend ou ne peut expliquer pourquoi cette créature grotesque fait ce qu’elle fait. En fait, il n’y a pas d’explication – ou mieux, il n’y a qu’une seule explication : la personne en question est stupide.

Notez la qualification “un homme a fait une action”. Le fait qu’il ait agi est décisif pour établir qu’il est impuissant. Si j’avais entrepris l’action qui a entraîné mon gain et sa perte, le jugement serait différent : je serais un bandit.

RÉPARTITION DES FRÉQUENCES

La plupart des gens n’agissent pas de manière cohérente. Dans certaines circonstances, une personne donnée agit de manière intelligente et dans d’autres circonstances, la même personne agira de manière impuissante. La seule exception importante à la règle est représentée par les personnes stupides, qui montrent normalement une forte propension à la cohérence parfaite dans tous les domaines de l’activité humaine.

De tout ce qui précède, il ne s’ensuit pas que nous ne pouvons tracer sur le graphique de base que des individus stupides. Nous pouvons calculer pour chaque personne sa position moyenne pondérée dans le plan de la figure 1, indépendamment de son degré d’incohérence. Une personne sans défense peut occasionnellement se comporter de manière intelligente et, à l’occasion, elle peut accomplir une action de bandit. Mais comme la personne en question est fondamentalement impuissante, la plupart de ses actions auront les caractéristiques de l’impuissance. Ainsi, la position moyenne pondérée globale de
toutes les actions d’une telle personne la placeront dans le quadrant H du graphique de base.

Le fait qu’il soit possible de placer sur le graphique des individus plutôt que leurs actions permet une certaine variance dans la fréquence des types bandit et stupide.

Le bandit parfait est celui qui, par ses actions, cause aux autres individus des pertes égales à ses gains. Le type le plus grossier de banditisme est le vol. Une personne qui vous vole 100 dollars sans vous causer de perte ou de préjudice supplémentaire est un bandit parfait : vous perdez 100 dollars, il gagne 100 livres. Dans le graphique de base, les bandits parfaits apparaîtraient sur une ligne diagonale à 45 degrés qui divise la zone B en deux sous-zones parfaitement symétriques (ligne OM de la figure 2).

Cependant, les bandits “parfaits” sont relativement peu nombreux. La ligne OM divise la zone B en deux sous-zones, BI et BS, et la grande majorité des bandits se trouvent quelque part dans l’une de ces deux sous-zones.

Les bandits qui tombent dans la zone B sont les individus dont les actions leur rapportent des profits plus importants que les pertes qu’ils causent aux autres personnes. Tous les bandits qui ont droit à une position dans la zone BI sont des bandits avec des relents d’intelligence, et à mesure qu’ils se rapprochent du côté droit de l’axe des X, ils partagent de plus en plus les caractéristiques de la personne intelligente. Malheureusement, les personnes ayant droit à un poste dans la zone BI ne sont pas très nombreuses. La plupart des bandits tombent en fait dans la zone BS. Les individus qui se situent dans cette zone sont ceux dont les actions leur rapportent des gains inférieurs aux pertes infligées aux autres.
les gens. Si quelqu’un vous tue pour vous voler cinquante dollars ou s’il vous assassine pour passer un week-end avec votre femme à Monte Carlo, nous pouvons être sûrs qu’il n’est pas un bandit parfait. Même en utilisant ses valeurs pour mesurer ses gains (mais en utilisant toujours vos valeurs pour mesurer vos pertes), il tombe dans la zone BS très proche de la frontière de la pure stupidité. Les généraux qui causent de vastes destructions et d’innombrables pertes en échange d’une promotion ou d’une médaille relèvent de la même catégorie.

La distribution de fréquence des personnes stupides est totalement différente de celle du bandit. Alors que les bandits sont pour la plupart dispersés sur une zone, les personnes stupides sont fortement concentrées le long d’une ligne, plus précisément sur l’axe des ordonnées en dessous du point O. La raison en est que la grande majorité des personnes stupides sont fondamentalement et inébranlablement stupides – en d’autres termes, elles insistent avec persévérance pour causer des dommages et des pertes à d’autres personnes sans en retirer aucun gain, qu’il soit positif ou négatif. Il existe cependant des personnes qui, par leurs actions improbables, non seulement causent des dommages à d’autres personnes, mais se blessent également elles-mêmes. Ils sont une sorte de super-imbécile qui, dans notre système de comptabilité, apparaîtra quelque part dans la zone S à gauche de l’axe des ordonnées.

STUPIDITÉ
ET
POWER

Comme toutes les créatures humaines, les personnes stupides varient énormément dans leur capacité à affecter leurs semblables. Certaines personnes stupides ne causent normalement que des pertes limitées, tandis que d’autres réussissent de manière flagrante à causer des dommages épouvantables et étendus non seulement à un ou deux individus, mais aussi à des communautés ou des sociétés entières. Le potentiel de nuisance de la personne stupide dépend de deux facteurs principaux. Tout d’abord, cela dépend du facteur génétique. Certains individus héritent de doses exceptionnelles du gène de la stupidité et, en vertu de cet héritage, ils appartiennent dès la naissance à l’élite de leur groupe. Le deuxième facteur qui détermine le potentiel d’une personne stupide est lié à la position de pouvoir et de conséquence qu’elle occupe dans la société. Parmi les bureaucrates, les généraux, les politiciens et les chefs d’État, il n’est guère difficile de trouver des exemples clairs d’individus fondamentalement stupides dont la capacité de nuisance a été (ou est) renforcée de manière alarmante par la position de pouvoir qu’ils occupaient (ou occupent). Les dignitaires religieux ne doivent pas être négligés.

La question que les personnes raisonnables soulèvent souvent est de savoir comment et pourquoi des personnes stupides peuvent atteindre des postes de pouvoir et de conséquence. Dans la plupart des sociétés du monde préindustriel, les classes et les castes étaient les arrangements sociaux qui favorisaient l’arrivée régulière de personnes stupides aux postes de pouvoir. La religion était un autre facteur contributif. Dans le monde industriel moderne, les classes et les castes sont bannies, tant comme mots que comme concepts, et la religion s’efface. Mais au lieu de la classe et de la caste, nous avons les partis politiques et la bureaucratie, et au lieu de la religion, nous avons la démocratie. Dans un système démocratique, les élections générales sont l’instrument le plus efficace pour assurer le maintien constant de la fraction σ parmi les puissants. Il faut garder à l’esprit que, selon la deuxième loi fondamentale, la fraction σ de la population votante est constituée de personnes stupides et que les élections offrent à toutes ces personnes à la fois une magnifique opportunité de nuire à tous les autres sans rien gagner de leur action. Ils le font en contribuant au maintien du niveau σ chez les personnes au pouvoir.

LE
POWER
DE
STUPIDITÉ

Il n’est pas difficile de comprendre comment le pouvoir social, politique et institutionnel renforce le potentiel de nuisance d’une personne stupide. Mais il faut encore expliquer et comprendre ce qui rend essentiellement une personne stupide dangereuse pour les autres – en d’autres termes, ce qui constitue le pouvoir de la stupidité.

Essentiellement, les personnes stupides sont dangereuses et nuisibles parce que les personnes raisonnables ont du mal à imaginer et à comprendre un comportement déraisonnable. Une personne intelligente peut comprendre la logique d’un bandit. Les actions du bandit suivent un modèle de rationalité : une rationalité méchante, si vous voulez, mais une rationalité quand même. Le bandit veut un plus sur son compte. Comme il n’est pas assez intelligent pour imaginer des moyens d’obtenir le plus et de vous fournir un plus, il produira son plus en faisant apparaître un moins sur votre compte. Tout cela est mauvais, mais c’est rationnel et si vous êtes rationnel, vous pouvez le prévoir. Vous pouvez prévoir les actions d’un bandit, ses méchantes manœuvres et ses vilaines aspirations, et vous pouvez souvent construire vos défenses.

Avec une personne stupide, tout cela est absolument impossible, comme l’explique la troisième loi fondamentale. Une créature stupide vous harcèlera sans raison, sans avantage, sans plan ni projet et aux moments et endroits les plus improbables. Vous n’avez aucun moyen rationnel de savoir si, quand, comment et pourquoi cette stupide créature attaque. Lorsque vous êtes confronté à un individu stupide, vous êtes complètement à sa merci.

Parce que les actions de la personne stupide ne sont pas conformes aux règles de la rationalité, il s’ensuit que

a) on est généralement pris par surprise par l’attaque ;
b) même lorsqu’on prend conscience de l’attaque, on ne peut pas organiser une défense rationnelle, car l’attaque elle-même n’a aucune structure rationnelle.

Le fait que l’activité et les mouvements d’une créature stupide soient absolument erratiques et irrationnels rend non seulement la défense problématique mais aussi toute contre-attaque extrêmement difficile – comme essayer de tirer sur un objet capable des mouvements les plus improbables et inimaginables. C’est ce que Dickens et Schiller avaient à l’esprit lorsque le premier affirmait qu'”avec de la stupidité et une bonne digestion, l’homme peut faire face à beaucoup de choses” et que le second écrivait que “contre la stupidité, les dieux eux-mêmes luttent en vain”.

LE
QUATRIÈME
PRINCIPE
DE LA BÊTISE HUMAINE

LES GENS NON STUPIDES SOUS-ESTIMENT TOUJOURS LE POUVOIR DE NUISANCE DES INDIVIDUS STUPIDES.

EN PARTICULIER, LES PERSONNES NON STUPIDES OUBLIENT CONSTAMMENT QU’EN TOUT TEMPS, EN TOUT LIEU ET EN TOUTE CIRCONSTANCE, TRAITER ET/OU S’ASSOCIER AVEC DES PERSONNES STUPIDES S’AVÈRE INFAILLIBLEMENT UNE ERREUR COÛTEUSE.

Il n’est pas du tout surprenant que les personnes sans défense, c’est-à-dire celles qui, dans notre système comptable, appartiennent à la zone H, ne reconnaissent pas normalement le danger que représentent les personnes stupides. Leur échec n’est qu’une autre expression de leur impuissance. Le fait vraiment étonnant, cependant, est que les personnes intelligentes et les bandits ne reconnaissent pas non plus souvent le pouvoir de nuisance inhérent à la stupidité. Il est extrêmement difficile d’expliquer pourquoi cela se produit, et l’on peut seulement remarquer que lorsqu’ils sont confrontés à des individus stupides, les hommes intelligents ainsi que les bandits font souvent l’erreur de se laisser aller à des sentiments d’autosatisfaction et de mépris au lieu de sécréter immédiatement des quantités adéquates d’adrénaline et de construire des défenses.

On est tenté de croire qu’un homme stupide ne fera de mal qu’à lui-même, mais c’est confondre stupidité et impuissance. On est parfois tenté de s’associer à un individu stupide afin de l’utiliser pour ses propres projets. Une telle manœuvre ne peut avoir que des effets désastreux car

  • a) elle est fondée sur une incompréhension totale de la nature essentielle de la stupidité ;
  • b) elle donne à la personne stupide une marge supplémentaire pour l’exercice de ses dons.

On peut espérer déjouer la stupidité et, jusqu’à un certain point, on peut y parvenir. Mais à cause du comportement erratique du stupide, on ne peut pas prévoir toutes les actions et réactions du stupide, et avant longtemps on sera pulvérisé par les mouvements imprévisibles du partenaire stupide.

Ceci est clairement résumé dans la quatrième loi fondamentale, qui stipule que

Les personnes non stupides sous-estiment toujours le pouvoir de nuisance des individus stupides.

En particulier, les personnes non stupides oublient constamment que
en tout temps, en tout lieu et en toute circonstance, traiter et/ou s’associer avec des personnes stupides s’avère infailliblement une erreur coûteuse.

Au cours des siècles et des millénaires, dans la vie publique comme dans la vie privée, d’innombrables personnes n’ont pas tenu compte de la quatrième loi fondamentale, ce qui a causé à l’humanité des pertes incalculables.

MACRO
ANALYSE
ET
LE
CINQUIÈME
PRINCIPE
DE LA BÊTISE HUMAINE

UNE PERSONNE STUPIDE EST LE TYPE DE PERSONNE LE PLUS DANGEREUX.

UNE PERSONNE STUPIDE EST PLUS DANGEREUSE QU’UN BANDIT.

La considération sur laquelle se termine le chapitre précédent est propice à une analyse de type macro, dans laquelle au lieu de considérer le bien-être de l’individu, on considère le bien-être de la société, considéré dans ce contexte comme la somme algébrique des conditions individuelles. Une compréhension complète de la cinquième loi fondamentale est essentielle à l’analyse. On peut ajouter ici, entre parenthèses, que des cinq lois fondamentales, la cinquième est certainement la plus connue et son corollaire est cité très fréquemment. La cinquième loi fondamentale stipule que

Une personne stupide est le type de personne le plus dangereux.

Le corollaire de la loi est

Une personne stupide est plus dangereuse qu’un bandit.

La formulation de la loi et de son corollaire est encore de type micro. Toutefois, comme indiqué ci-dessus, la loi et son corollaire ont des implications d’une grande portée et d’une macro-nature.

Le point essentiel à garder à l’esprit est le suivant : le résultat de l’action d’un bandit parfait (la personne qui tombe sur la ligne OM de la figure 2) est purement et simplement un transfert de richesse et/ou de bien-être. Après l’action d’un bandit parfait, le bandit a un plus sur son compte qui est exactement équivalent au moins qu’il a causé à une autre personne. La société dans son ensemble n’est ni meilleure ni pire. Si tous les membres d’une société étaient de parfaits bandits, la société resterait stagnante, mais il n’y aurait pas de catastrophe majeure. Toute cette affaire équivaudrait à des transferts massifs de richesse et de bien-être en faveur de ceux qui agiraient. Si tous les membres de la société agissaient à tour de rôle, non seulement la société dans son ensemble mais aussi les individus se retrouveraient dans un état parfaitement stable, sans changement.

Lorsque des personnes stupides sont au travail, l’histoire est totalement différente. Les personnes stupides causent des pertes à d’autres personnes sans contrepartie de gains sur leur propre compte. Ainsi, la société dans son ensemble s’appauvrit.

Le système de comptabilité qui trouve son expression dans les graphiques de base montre que si toutes les actions des individus situés à droite de la ligne POM (voir figure 3) contribuent au bien-être d’une société, bien qu’à des degrés différents, les actions de tous les individus situés à gauche de la même ligne POM entraînent une détérioration.

En d’autres termes, les impotents avec des nuances d’intelligence (zone HI), les bandits avec des nuances d’intelligence (zone BI) et surtout les intelligents (zone I) contribuent tous, bien qu’à des degrés différents, à accroître le bien-être d’une société. En revanche, les bandits aux accents de stupidité (zone BS) et les impuissants aux accents de stupidité (zone HS) parviennent à ajouter des pertes à celles causées par les personnes stupides, renforçant ainsi le pouvoir destructeur néfaste de ce dernier groupe.

Tout ceci suggère une réflexion sur les performances des sociétés. Selon la deuxième loi fondamentale, la fraction de personnes stupides est une constante σ, qui n’est pas affectée par le temps, l’espace, la race, la classe, ou toute autre variable socioculturelle ou historique. Ce serait une profonde erreur de croire que le nombre de personnes stupides est plus important dans une société en déclin que dans une société en développement. Ces deux sociétés sont infestées par le même pourcentage de personnes stupides. La différence entre les deux sociétés est que dans la société qui est peu performante

a) les membres stupides de la société sont autorisés par les autres membres à devenir plus actifs et à entreprendre davantage d’actions ;

b) il y a un changement dans la composition de la section non stupide avec un déclin relatif des populations des zones I, HI et BI et une augmentation proportionnelle des populations des zones HS et BS.

Cette présomption théorique est abondamment confirmée par une analyse exhaustive des cas historiques. En fait, l’analyse historique nous permet de reformuler les conclusions théoriques d’une manière plus factuelle et avec des détails plus réalistes.

Que l’on considère l’époque classique, ou médiévale, ou moderne, ou contemporaine, on est impressionné par le fait que tout pays qui monte a son inévitable σ fraction de gens stupides. Cependant, le pays qui monte possède également une fraction inhabituellement élevée de personnes intelligentes qui parviennent à maintenir la fraction σ à distance et à produire en même temps suffisamment de gains pour eux-mêmes et les autres membres de la communauté pour que le progrès soit une certitude.

Dans un pays qui descend, la fraction de gens stupides est toujours égale à σ ; cependant, dans la population restante, on remarque parmi ceux qui sont au pouvoir une prolifération alarmante des bandits aux accents de stupidité (sous-zone BS du quadrant B de la figure 3) et parmi ceux qui ne sont pas au pouvoir une croissance tout aussi alarmante du nombre d’individus impuissants (zone H du graphique de base, figure 1). Un tel changement dans la composition de la population non stupide renforce inévitablement le pouvoir destructeur de la fraction σ et fait du déclin une certitude. Et le pays va en enfer.

Vous trouverez ci-dessous un graphique de base, qui peut facilement être reproduit afin d’enregistrer les actions des individus ou des groupes avec lesquels vous êtes actuellement en contact. Cela vous permettra de produire des évaluations utiles des individus ou des groupes examinés et vous permettra d’adopter une ligne de conduite rationnelle.